Pour comparer des contrats d'infogérance IT, il faut d'abord les ramener au même périmètre : deux forfaits mensuels ne sont comparables que si l'on sait précisément ce que chacun inclut, avec quels engagements de délai et quelles conditions de sortie. Cet article passe en revue les six clauses qui font la vraie différence entre deux offres, les trois modèles de tarification pratiqués en Suisse, et les signaux d'alerte qui doivent vous faire renoncer.
Pourquoi deux offres d'infogérance ne sont jamais comparables telles quelles
« Infogérance complète », « support illimité », « supervision 24/7 » : les mêmes mots recouvrent des réalités très différentes d'un prestataire à l'autre. L'un inclut la sauvegarde hors-site dans son forfait, l'autre la facture en option. L'un s'engage sur une prise en charge en 4 heures ouvrées, l'autre « fait de son mieux ». L'un opère depuis la Suisse romande, l'autre sous-traite son helpdesk à l'étranger.
Comparer les prix sans comparer les contrats revient donc à comparer des choses différentes. Si vous êtes encore au stade du choix du prestataire lui-même (réputation, présence locale, références), commencez par notre guide comment choisir son prestataire informatique en Suisse ; si vous voulez comprendre ce qu'une infogérance doit couvrir, lisez notre article sur les services informatiques gérés pour PME. Ici, nous nous concentrons sur le contrat.
Les 6 clauses à examiner avant de signer
1. Le périmètre exact : inclus et exclus
Le contrat doit lister précisément les équipements couverts (postes, serveurs, équipements réseau, imprimantes), les logiciels supportés, les sites concernés et le nombre d'utilisateurs. Méfiez-vous des périmètres définis vaguement (« l'infrastructure informatique de l'entreprise ») : en cas de litige, vous n'aurez aucun recours. Vérifiez surtout la liste des exclusions, souvent reléguée en annexe : les projets (migrations, déménagements), les interventions sur site, la formation des utilisateurs ou la reprise après sinistre sont fréquemment facturés en sus.
2. Les SLA et temps de réponse
C'est le cœur du contrat. Un SLA sérieux définit des niveaux de criticité (critique, majeur, mineur) avec, pour chacun, un temps de prise en charge chiffré en heures ouvrées, les horaires de couverture du support, et idéalement des pénalités si les engagements ne sont pas tenus. Demandez aussi comment le respect des SLA est mesuré et rapporté : un prestataire qui vous envoie un rapport mensuel avec ses temps de réponse réels n'a rien à cacher.
3. L'hébergement et la localisation des données
Le contrat doit préciser où sont hébergés vos données, vos sauvegardes et les outils du prestataire (supervision, ticketing, prise en main à distance), et lister ses sous-traitants. Depuis la LPD révisée, c'est une exigence de conformité autant qu'un choix technique : votre prestataire est un sous-traitant au sens de la loi. En cas de doute sur vos propres obligations, un audit LPD clarifie rapidement votre situation.
4. La réversibilité et la clause de sortie
La clause la plus souvent négligée, et la plus coûteuse quand elle manque. Elle doit garantir la restitution de vos données et de la documentation (mots de passe administrateur, schéma réseau, inventaire), un délai de restitution, et une assistance de transition vers le prestataire suivant. Un prestataire qui refuse de s'engager sur la réversibilité prévoit de vous retenir par la contrainte plutôt que par la qualité.
5. La révision des prix
Vérifiez les conditions d'indexation : augmentation annuelle plafonnée ou libre ? Que se passe-t-il si votre effectif diminue, le forfait s'ajuste-t-il à la baisse ? Les contrats qui ne s'ajustent que dans un sens méritent d'être renégociés avant signature.
6. La sous-traitance
Le contrat doit indiquer si le prestataire peut sous-traiter tout ou partie du service, à qui, et si vous devez en être informé. Un helpdesk sous-traité à l'étranger n'est pas nécessairement un problème, mais vous devez le savoir avant de signer, pas le découvrir au premier appel.
Les trois modèles de tarification
- Le forfait par poste ou par utilisateur (40 à 150 CHF par poste et par mois selon le périmètre) : le modèle le plus courant et le plus prévisible. Le prestataire est incité à prévenir les incidents, puisque chaque intervention lui coûte. C'est le bon modèle pour la plupart des PME.
- Le bloc d'heures prépayées : vous achetez un crédit d'heures consommé au fil des demandes. Flexible pour de très petites structures, mais sans supervision proactive : personne ne surveille vos sauvegardes entre deux tickets.
- La régie (facturation au temps passé) : adaptée aux projets ponctuels, pas à l'exploitation courante. En régie, le prestataire gagne plus quand vous avez plus de problèmes, l'incitation est inversée.
La check-list de comparaison
Avant de mettre deux offres côte à côte, vérifiez pour chacune :
- La liste précise des équipements et logiciels couverts, et les exclusions
- Les temps de prise en charge chiffrés par niveau de criticité, et les horaires de couverture
- Ce qui est inclus dans le forfait : sauvegardes, EDR, firewall, MFA, gestion Microsoft 365
- La localisation de vos données, des sauvegardes et des outils du prestataire
- La durée d'engagement, le préavis et la clause de réversibilité
- Les conditions de révision des prix, à la hausse comme à la baisse
- La liste des sous-traitants et la langue du support
- Un exemple de rapport mensuel réel
Les signaux d'alerte
Certains signes doivent vous faire écarter une offre, quel que soit son prix : l'absence de SLA écrit, un périmètre défini en une phrase, le refus de fournir des références clients vérifiables, l'impossibilité de dire où sont hébergées vos données, des pénalités de sortie disproportionnées, ou un devis nettement en dessous du marché sans explication structurelle. Un prestataire qui promet tout, tout de suite, sans jamais dire « non » ou « c'est hors périmètre », vous dit surtout ce que vous voulez entendre.
Mettre les offres à l'épreuve
Une fois deux ou trois offres présélectionnées, demandez à chaque prestataire de chiffrer le même scénario concret. Les réponses, leur précision et leur honnêteté vous en apprendront plus que n'importe quelle plaquette commerciale. Pour les projets qui dépassent l'exploitation courante (migration, refonte réseau), assurez-vous aussi que le prestataire sait mener des projets IT structurés.
Chez AlpenData, nous avons construit AlpenCare pour tenir la comparaison sur chacun de ces points : SLA documenté avec temps de réponse chiffrés, périmètre listé équipement par équipement, données opérées en priorité sur infrastructure suisse et clause de réversibilité incluse. Nous répondons volontiers à la check-list ci-dessus, par écrit.
Questions fréquentes
Quelle durée d'engagement est raisonnable pour un contrat d'infogérance ?
Une durée initiale de 6 à 12 mois est raisonnable : la mise en place d'une infogérance demande plusieurs semaines d'investissement au prestataire, un engagement trop court n'est donc pas réaliste. Au-delà de 24 mois, soyez prudent, surtout si les pénalités de sortie anticipée sont élevées. Après la période initiale, privilégiez une reconduction courte, idéalement mensuelle : c'est le signe d'un prestataire qui compte vous garder par la qualité.
Qu'est-ce qu'un bon SLA pour une PME suisse ?
Un bon SLA définit des niveaux de criticité avec des temps de prise en charge chiffrés : par exemple, incident critique (production arrêtée) pris en charge en 1 à 4 heures ouvrées, incident majeur en 4 à 8 heures, demande standard en 1 à 2 jours. Il précise aussi les horaires de couverture et ce qui se passe hors horaires. « Nous sommes très réactifs » n'est pas un SLA.
Que doit contenir une clause de réversibilité ?
Elle doit garantir la restitution de toutes vos données et documentations dans un format exploitable (exports, mots de passe administrateur, schéma réseau, inventaire du parc), un délai de restitution défini, une assistance de transition vers le nouveau prestataire, et le coût éventuel de cette assistance. Sans clause de réversibilité écrite, changer de prestataire devient long, coûteux et conflictuel.
Faut-il exiger un hébergement des données en Suisse ?
Pour les données personnelles sensibles et les secteurs réglementés (santé, juridique, fiduciaire), l'hébergement en Suisse est fortement recommandé : il simplifie la conformité LPD et évite l'exposition au CLOUD Act américain. Pour les autres données, exigez au minimum de savoir précisément où elles sont stockées et quels sous-traitants y ont accès.
Comment comparer deux offres d'infogérance dont les prix diffèrent fortement ?
Ramenez les deux offres au même périmètre avant de comparer les prix : listez ce qui est inclus dans le forfait (sauvegardes, EDR, firewall, support illimité ou non) et ce qui est facturé en plus. Un écart de prix important s'explique presque toujours par un périmètre réduit, un support délocalisé ou l'absence d'engagement de délai, rarement par une meilleure efficacité.
Écrit par
David Cunha
Cofondateur · Direction technique, AlpenData
Ingénieur en informatique avec plus de 10 ans d'expérience dans la gestion de systèmes, réseaux et infrastructures, David accompagne les PME suisses sur leur IT, leur sécurité et leur conformité.
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